Femmes des songes  

Décembre 2017, Maroc, la médina de Fez el-Bali; dans cette atmosphère si particulière, je vagabonde et déambule dans des incroyables et étroites ruelles. Sur place, je me crée de petits rituels de vie. Les Marocains sont généreux, authentiques et tolérants; en apprenant à les comprendre et les connaître, je crée rapidement des liens forts avec certains d’entre eux; je remarque petit à petit que je n’ai que très peu de contacts avec les femmes, seulement dans un vague couloir de croisement.


J’ai comme l’impression de les voir fuir; à ma vue et à celle de mon appareil, elles baissent le visage, accélèrent le pas ou parfois m’affrontent du regard. M’inventant peut-être un film, parfois je ressens qu’elles ont des préjugés à mon égard; telle une sélection naturelle, j’ai l’impression de ne pas être acceptée dans leurs mondes; regardant seulement physiquement qui je suis, elles ne pensent pas à regarder plus profondément. Ces passantes magnifiques m'intriguent et me fascinent mais leurs rencontres ne sont malheureusement, qu’un moment éphémère et confus.


Dans la médina de Fez rythmée de cultures ancestrales, j’ai remarqué que les femmes qui transitent sont presque toutes voilées. Le voile est traditionnel et le Maroc est un pays musulman; elles mettent une coiffe bien que le Coran n’en face pas une obligation. Le port du voile est traditionnel et ne doit pas être confondu avec l’usage du niqab et de la burqa, attribut vestimentaire d’origine religieuse créé récemment. Leurs fabrications et leurs ventes sont interdites au Maroc depuis 2016, ce qui n'empêche d’en voir fréquemment dans la médina de Fez.


Dans cette série photographique, pensée comme de la peinture, je ne me suis pas concentrée sur un type de femme en particulier. J’ai voulu toutes les représenter de la meilleure manière dont je les percevais; elles flottent souvent dans ma tête comme des illusions utopiques et leur croisement furtif me plonge dans un vestige irréel. “Femmes des songes” est un hommage à toutes ces femmes que je côtoie vaporeusement comme dans un nuage d’ouate. Transitant tels des fantômes, elles apparaissent dans mon champ de vision quelques secondes avant de disparaître de ma mémoire; mon unique trace d’elles se brouille et se fond dans mes souvenirs. 

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